24 février 2013

All'alba.

Les draps froissés, le sommeil caressant, les rêves qui l’habitent et la torpeur qui engourdit l’esprit n’étaient déjà que de lointains souvenirs. Un matin de la semaine dernière, bien plus tôt que d’ordinaire. Au pivot des premières heures du jour, la promesse d’un ciel dégagé m’avait conduite à choisir un chemin certes un peu plus long, mais où le panorama des derniers mètres augure toujours d’une journée heureuse. Un air entrainant vissé dans les oreilles – de ceux où il faut se faire violence pour ne pas esquisser quelques pas de danse qui, sur un trottoir, pourraient se révéler embarrassants, je ne me méfiais de rien. Si ce n’est peut-être de cette palette qui virait subrepticement de ses nuances nocturnes vers un éventail pastel. Le ciel se teintait de rose, d’un orangé intense, d’éclats cardinaux. Je m’arrêtai un instant à l’angle du Cours la Reine. Impossible de résister à la tentation de capturer une première image, quand bien même les minutes défilaient, imperturbables, et que je courais désormais le risque d’un retard certain.

Si j’ai la faiblesse obstinée du crépuscule, l’aurore est à chaque fois une surprise saisissante. Elle m’étreint toujours où je l’attends le moins. Ce matin-là, elle avait choisi une scène à sa mesure et lorsqu’une brisure rougeoyante du disque solaire apparut derrière les cheminées du Louvre, je demeurai étourdie. Ne restait qu’à contempler un spectacle fugace – tout se joua en deux minutes à peine, appuyant de temps à autre sur le déclencheur, accoudée à la balustrade du plus distingué des ponts de Paris. Une lumière indolente jouait à l’impressionnisme sur les reliefs réguliers de la Seine, elle réchauffait la pierre et s’agrippait déjà aux dorures du dôme des Invalides. Absorbée par mille pensées, ces deux minutes-là me valurent un état presque méditatif – une promenade sur toute la gamme des émotions, comme une gangue alanguie au creux du temps. 

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23:38 Écrit par Emeline dans DolceVitaPensata | Lien permanent | Commentaires (0)

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