01 avril 2013
Senza farlo.
Rive gauche, un soir. Au détour d’une promenade dans cette librairie qui a le bon goût de rester ouverte presque jusqu’au dernier métro. Cette promenade-là relève de l’habitude, de la curiosité et de l’éternelle tentation de nouveauté. Je n’y cherchais rien de particulier. C’était sans compter sur le hasard qui, parfois, fait assez bien les choses. Ce soir-là, il mettait sur mon chemin le dernier roman de Serge Joncour, L’Amour sans le faire. S’il n’avait fallu s’arrêter qu’au titre, ce livre serait encore sur le haut de sa pile. Mais quelques phrases piochées au fil des pages suffirent à amadouer ce scepticisme forcené.
L’intrigue se tisse sur quelques trois cents très jolies pages d’une prose élégante et juste. Les personnages s’esquissent à peine ; on les devine davantage qu’on ne se les représente et il faudra le roman tout entier pour que les solitudes s’estompent. On pourrait bien sûr dire quelques mots de Franck, un homme qui semble ne s’être défini que par opposition à ce qu’il aurait pu être s’il était resté dans ces paysages de son enfance où il revient après dix ans d’absence, la disparition de son frère Alexandre, et toutes les catastrophes qui, parfois, émiettent une existence. Il revient dans la ferme familiale pour se bercer de l’illusion des racines et y rencontre un autre Alexandre, un gamin de cinq ans, le fils de Louise qui fut sa belle-sœur des années plus tôt et qui, elle aussi, se réfugie quelques jours dans les causses du Lot pour retrouver les restes de sa vie d’avant et ce fils qu’elle tient à distance. Au creux d’un été écrasant de chaleur, ce sont des liens qui se nouent et de minuscules plaisirs qui s’égrènent.
Tout le livre parle d’amour. Un amour entre les lignes, fragile, sans étreinte passionnée, avec juste une tête posée sur une épaule, les mots que l'on chuchote à peine et ceux que l'on devine. Et la page 221 dit cet amour-là, avec une délicatesse à laquelle la littérature contemporaine nous a déshabitués. Quelques lignes virtuoses qui suggèrent plus qu’elles n’exposent, qui laissent leurs places aux silences, comme le ferait un poème. Le roman devient l’évocation d’une nature qui apaise, une ballade qui joue sur quelques émotions, une respiration. Ou un écho, peut-être, aux secrets de chacun.
23:30 Écrit par Emeline dans DolceVitaCultura, DolceVitaPensata, DolceVitaScrittura | Lien permanent | Commentaires (0)
24 mars 2013
Edonistico.
Faire de chaque journée de liberté une parenthèse au goût de vacances. Savourer le temps qui s’attarde, profiter d’un redoux éphémère, flâner le long de la Seine. Se laisser emporter par les paysages de Méditerranée que Felix Ziem a su réinventer, à la frontière du rêve. Se croire à Venise, aux dernières heures d’une journée d’été, lorsque le soleil plonge dans la lagune, derrière l’île de San Giorgio. Se perdre soudain dans les ruelles décaties d’Istanbul, fondre son propre souvenir du lierre, des persiennes et des façades délavées dans ces couleurs qui hésitent entre le fidèle carnet de voyage et l’imaginaire affranchi. S’étonner d’un cerisier en fleurs dans un jardin d’hiver et en photographier quelques bourgeons. Descendre les marches d’un escalier monumental en sautillant, se satisfaire d’être chaussée de ballerines qui délient les mouvements. S’emparer de la moindre trouée de ciel bleu ou d'une luminosité trop blanche pour se visser sur le nez une paire de lunettes de soleil aux airs gentiment californiens. Entre deux échappées, retrouver ce coin de canapé, s’y enliser sans sourciller, ne rien faire si ce n’est abandonner l’esprit à ses errances. Laisser une heure filer. Ou peut-être deux. Feuilleter ce magazine envoyé deux fois l’an par la dernière maison de luxe française et se délecter de cet hédonisme-là – merveilleusement saisi, cette fois-ci, par l’œil poétique de Mark Borthwick. Dîner en parfaite compagnie dans le restaurant d’un hôtel à l’élégance précise. Se croire un peu dans une ville étrangère. Refaire quelques recoins du monde, se confier, rire, s’étonner, se moquer, rire encore et commander une glace en dessert – pêche, yaourt, framboise. Être la dernière table à quitter les lieux. Traverser Paris à pied, la nuit. Ressentir la fraîcheur qui revient, poursuivre une conversation. Avant de sombrer dans les bras de Morphée, terminer un chapitre. Et croiser un morceau de phrase qui interpelle "but is safe the best you can get from the world?". Et répondre par la négative.
22:43 Écrit par Emeline dans DolceVitaPasseggiata | Lien permanent | Commentaires (0)
14 mars 2013
Ricordi Jack.
Cela pourrait être une nuit comme celle-ci. Une nuit où la solitude et la liberté ne seraient que les deux facettes d’un même sentiment, un peu grisant et presqu’inavouable. Une nuit où résonneraient aussi toutes les notes de toutes les Nocturnes de Chopin, oscillant toujours entre un sourire à demi esquissé et les larmes qui affleurent, comme les mille échos de tout ce qui ne s’écrit pas. Les accords, à eux seuls, suffiraient à créer l’illusion de ce siècle passé qu’il aura presque traversé, d’un rêve lointain de Méditerranée, d’une voix familière qui chuchote à l’oreille, obéissant à ces mélodies où se fondent tout à la fois un rien de nostalgie, quelques espiègleries et une complicité de l’enfance dont il ne subsiste désormais que de trop rares photographies et quelques fêlures opiniâtres. Et dans cette nuit-là, habitée d’insaisissables visiteurs – les souvenirs de ceux qui me sont chers et de celui qui me les racontait – peut-être les contours d’un texte se dessineraient-ils furtivement, au détour des arpèges de l’opus 9. Peut-être diraient-ils les dernières clartés du couchant, teintées de couleurs qui me sont inconnues, le goût des figues, l’odeur des pins maritimes, et la chaleur du vent de ponant. Les mots s’immisceraient entre deux songes, dictés par la voix de cet homme-là. Une voix dont mon esprit ne conserve plus que des intonations particulières, une poignée de tendresses qu’il prononçait comme on ponctue un récit, lorsque nous étions tous les deux et qu’il me léguait ses histoires improbables, son regard acéré sur les méandres de l’existence et ses contemplations.
Et la nuit se laisserait porter par les mouvements réguliers d’une mélodie diffuse qui troublerait à peine son silence. Peut-être serait-il là, tout près, inconscient du temps qui s’écoule, de l’heure qui avance, du sommeil qui s’évade parce qu’il se plie à l’urgence de l’instant. Il murmurerait tout ce qui rassure, défiant sa propre désincarnation, se faufilant soudain entre deux soupirs ou dans cet andante qui concentre toutes les plus douces inspirations. Il égrènerait les noms de quelques lieux et retracerait les découpes de cette autre rive, il s’attarderait sur une ou deux nuances, insisterait sur le chant des cigales ou sur les ombres des vignes à la tombée du soir et il balaierait toutes les incertitudes d’un froncement de sourcils imaginaires. Il se fâcherait peut-être que d’autres pages se noircissent avant celles qu’il attend, arguant – à raison, qui sait ? qu’elles sont vaines ou qu’elles ne sont que les reflets de ces petits arrangements avec moi-même dans lesquels je me complais par confort, par lâcheté ou par peur. Il profiterait de cette nuit-là pour obtenir des promesses qu’il n’aurait pu exiger il y a quinze ans. Quinze ans. Presque. Il resterait là, à attendre que s’achève le silence où résonnent, avec une violence insoupçonnée, ces quinze dernières années qu’il n’a pas ressenties, depuis son impalpable immortalité. Les premières mesures de la Nocturne n°2 de l’opus 27 donneraient un ultime souffle à la nuit qui avance. Et malgré son infinie bienveillance, il ignorerait tout des yeux qui rougissent, de cette lutte acharnée contre les picotements de la fatigue ou d’une indicible tristesse.
Alors, dans les heures bleues de la nuit, une cantilène s’échappe de ce clavier lointain, sous les doigts de Maurizio Pollini, et l’esprit s’y enlise. Les derniers remparts de la conscience s’affaissent. La mélodie se pare d’une armée de figures nocturnes et fugitives, parmi lesquelles lui, dont la voix vient s’entrelacer avec les motifs de cette partition qui se colore par endroits des émotions tendres de l’enfance et d’un cheminement tortueux du songe. Entre deux variations d’une phrase qui se joue de tous les ressentis des âmes attentives, je devine encore ses paroles éparses, les ruines d’une conversation d’il y a quinze ans peut-être et les vestiges de ses innombrables chroniques d’une vie dont les flamboyances demeuraient ailleurs. Celles qu’il voudrait que j’écrive.
15:28 Écrit par Emeline dans DolceVitaPensata | Lien permanent | Commentaires (1)
03 mars 2013
Riflessi.

Deauville, 03.III.13.
22:46 Écrit par Emeline dans DolceVitaPasseggiata | Lien permanent | Commentaires (0)
28 février 2013
Mattina innevata.

Ci vediamo !
08:41 Écrit par Emeline dans DolceVitaSpeciale | Lien permanent | Commentaires (0)

